“Bon” oncologue / cancérologue ? Ou pas ?

Bon oncologue

Comment faire pour…

savoir si vous avez un bon oncologue (= cancérologue) : 10 points clés

 

(En fin d’article, plusieurs questions que je poserais à tout oncologue, si je débutais une chimiothérapie)

 

Beaucoup de gens pensent qu’un médecin est forcément un “bon” médecin et d’autres pensent rigoureusement l’inverse ! Or, comme dans toutes les professions, il existe les “bons” et les euh… hum, moins “bons” ! Une sorte de continuum les relie et dans tous les cas, les oncologues doivent composer avec des traitements imparfaits et limités. Essayons de poser quelques critères décisifs.

Qu’est-ce qu’un “bon” oncologue ? C’est un oncologue qui possède des qualités professionnelles ET aussi des qualités humaines, raisons pour lesquelles vous pouvez lui accorder votre confiance.

Vous me direz : “S’il me guérit, à la rigueur, peu m’importent ses qualités humaines”.

Hé bien, j’irai même encore plus loin que vous : en effet, même s’il est odieux et peu doué, je reconnais qu’il vous sauvera peut-être quand même. Pourquoi ? Parce qu’il n’a pas besoin de réfléchir pour appliquer un protocole, et que même s’il ne s’en souvient pas, son logiciel lui soufflera ce qu’il doit faire en première ligne. Avec un peu de chance, le traitement marchera, youpi, vous êtes dehors et profitez à nouveau de la vie, sûrement encore mieux qu’avant, le cancer vous ayant offert ce cadeau cher payé des prises de conscience.

Mais revenons à notre sujet : oui, je l’admets, un oncologue peu compétent peut vous sauver et même un oncologue compétent parfois est dépassé.

Cependant, il vaut quand même mieux avoir un “bon” oncologue, tout d’abord pour augmenter vos chances de guérison, et ensuite parce que vous le valez bien (merci, L’Oréal).

Passons donc aux qualités d’un “bon” oncologue, avec des exemples à l’appui ; ces cas pratiques sont malheureusement des cas réels.

 

1. Un “bon” oncologue vous considère comme un être humain et non comme un être inférieur

Autrement dit, il ne vous prend pas pour un(e) débile sous prétexte que vous n’êtes pas médecin et avez le cancer (mais qu’avez-vous donc fait de votre vie ?!).

Différents indices permettent de reconnaître le médecin qui croit à son infinie supériorité : il vous regarde à peine,  balaie vos questions et tous vos arguments sans même réellement contre-argumenter (à quoi bon perdre du temps avec vous, pauvre déficient(e) intellectuel(le)), soupire si vous insistez. En somme, même si c’est votre corps,  c’est lui qui sait et vous devez obéir. Le lien corps-esprit est pour lui une conception assez vaseuse à laquelle il n’adhère pas, si tant est qu’il en ait entendu parler.

Quelqu’un qui a une si haute opinion de lui-même ne se remettra pas beaucoup en cause si quelque chose ne se passe pas comme vous l’espériez. Il aura sa bonne opinion de lui-même pour lui, quoi qu’il advienne.

Vous allez peut-être me dire que s’il possède une si excellente opinion de lui-même, c’est qu’elle est justifiée et que par conséquent vous pouvez lui faire confiance. Je répondrai que je l’espère pour vous, mais qu’à vrai dire, mon expérience personnelle m’a appris qu’en général les gens les plus compétents et les plus doués étaient aussi les plus humbles. Constat certes paradoxal, mais avéré.

Ainsi, souvent, des médecins épatants disent : “Je ne fais que mon travail”. Ils trouvent normal de faire ce que les autres trouvent normal de ne pas faire.

Je voudrais aussi ajouter que l’oncologie n’est pas la spécialité médicale qui pousse le plus les médecins à se remettre en cause (!). Supposons qu’un chirurgien perfore un organe par erreur : il peut certes essayer de trouver ou de se trouver des excuses, il subsistera quand même un gros doute… et sa réputation en sera probablement entachée. Mais si un oncologue vous soigne mal, en l’état actuel des connaissances sur le cancer et des limites des traitements, il affirmera et peut-être même croira sincèrement, tant il a intérêt à le croire, que c’est le cancer qui vous a tué.

 

Cas pratique : l’oncologue de ma tante.

Elle avait demandé à son oncologue : “Docteur, quels produits mettez-vous dans les perfusions ?”

Réponse : “Oh, Mme C…, c’est compliqué !”

(Traduction : tu n’y comprendrais rien, idiote ! Et rectification : le nom d’un produit de chimio est simplement un nom, rien de compliqué !)

Un jour, ma tante s’est rendu compte qu’elle perdait ses cheveux, ce dont l’oncologue (toujours la même) ne l’avait pas avertie. Et elle s’y attendait d’autant moins que pendant les premiers mois, avec une autre chimio, elle n’avait pas eu cet effet secondaire.

Réponse de l’oncologue : “Mais vous allez avoir une belle perruque, Mme C… ! L’assurance maladie vous donne …. ” (Faites risette ! Pour info, la scène se passe en Suisse)

Malgré le sacrifice de ses cheveux, auxquels elle tenait, et sa belle perruque remboursée (qui lui démangeait le crâne), ma tante se sentait de plus en plus mal. Un jour, elle a osé interroger à nouveau son oncologue même si celle-ci avait tout fait pour l’en décourager : “Docteur, comment se fait-il que Johnny parvienne à tenir sur scène malgré un cancer métastasé ? Quels traitements reçoit-il ?”

Réponse de l’oncologue : Oh, Mme C…., mieux vaut ne pas se poser la question !

Je vous confirme qu’à force d’ignorance et de négligence de la part de cette médecin, ma tante est décédée rapidement, et en souffrant.

 

2. Un “bon” oncologue sait faire preuve d’un minimum de psychologie, il comprend que vous avez comme tout être humain des espoirs et des craintes.

 

Il reste mesuré dans ses affirmations.

Cas pratique : l’oncologue d’une jeune femme rencontrée en chimio (retour en France !)

Lors de leur premier rendez-vous, il l’a à peine saluée, son dossier qu’il avait sous les yeux l’intéressant plus qu’elle, l’être vivant assis sur une chaise. Quand enfin il l’a regardée, il lui a lancé : Vous savez, on ne vous guérira pas !”

Elle est partie se faire soigner ailleurs, et c’est ainsi que nous nous sommes rencontrées.

 

3. Un “bon” oncologue connaît certes les protocoles, mais il se rappelle que LES PROTOCOLES ONT ÉTÉ CRÉÉS POUR SOIGNER LES PATIENTS ET QUE CE NE SONT PAS LES PATIENTS QUI ONT ÉTÉ CRÉÉS POUR SUIVRE DES PROTOCOLES !

 

Cas pratique : expérience personnelle

Vous demandez comment va se passer votre traitement. L’oncologue vous fait un superbe schéma avec une longue ligne horizontale divisée en 3 séquences subdivisées en sous-séquences : 6 cures de chimio (3 + 3 + 3 + 3 + 3 + 3) puis opération (- X, O, + X) puis six cures de chimio (3 + 3 + 3 + 3 + 3 + 3), puis la ligne se perd, représentant trois à cinq années surmontées d’un point d’interrogation : H (hormonothérapie) ou TC (thérapie ciblée) ?

Un peu ébahi(e), vous demandez si ça va marcher (astuce pour gagner du temps et reprendre vos esprits).

Réponse : il n’en sait rien, mais c’est le protocole.

Vous insistez : “Mais si ça ne marche pas ?”

Il n’est pas content : “Je vous l’ai dit, le pronostic vital est très engagé !”

Bilan : c’est mal parti, mais même si le protocole ne fonctionne pas, il ne le remettra pas en cause. Ni ne se remettra en cause. Il se réfère à des chiffres, des statistiques, il ne vous perçoit pas en tant que personne.

 

Cas pratique n° 2 (comparaison) :

Deux ans plus tard, un autre oncologue vous fait aussi un dessin, un peu plus sommaire (ô soulagement !).

Vous demandez si ça va marcher.

Il hausse les épaules pour montrer son incertitude et sourit : “On fait comme ça, en principe !”

Vous insistez : “Et sinon ?”

Réponse : “On réévalue”.

Bilan : même si l’aveu de ne pas pouvoir garantir le résultat n’est pas trop rassurant, il prouve aussi humilité et honnêteté. Et surtout, cet oncologue envisage de réévaluer le protocole. Ce qui nous conduit au point 4.

4. Un “bon” oncologue est… là !

Pour réajuster votre traitement, en effet, il faut qu’il soit là.

Or, surprise !

– Vous avez fait votre prise de sang et vous attendez (une de vos spécialités) tranquillement ; un inconnu sort d’un bureau et vous appelle. “Mme G…, je suis le Dr B, c’est moi qui m’occupe de vous aujourd’hui.”

Ah bon ? Enfin, peu importe, vous rassurez-vous naïvement, il est médecin, il a le pouvoir, lui, il va pouvoir ajuster votre traitement. Vous mentionnez donc tous vos effets secondaires (écœurement, vomissements, vertiges, élancements dans les doigts, douleurs dans les talons, mal aux cheveux, enfin, s’il vous en reste, etc.).

B vous écoute, au mieux vous prescrit quelque chose, mais il est infiniment peu probable qu’il modifie un tant soit peu votre chimio : ce n’est pas lui qui a décidé du protocole initial. Il ne voudra pas se mettre mal avec son collègue pour vous faire un minimum de bien. À la rigueur, il va essayer de joindre A (si A n’est pas là, ce n’est pas pour qu’on l’embête ailleurs, donc il est rare qu’on le trouve).

Vous avez compris : vous “bénéficierez” à nouveau du même protocole. Qui reverrez-vous la prochaine fois ? A, B ou C ou D ? Et si vous avez A, pourra-t-il adapter le protocole au dernier moment ? Pas sûr.

 

– Variante plus subtile. Une infirmière vous appelle et vous annonce qu’elle va… “vous brancher” ! Cool ! Mais non, en fait, car en oncolinguistique, “vous brancher” veut dire qu’on va vous filer vos produits dans les veines.

Euh, mais où donc est l’oncologue ? Il a encore consommé sa potion d’invisibilité, mais peu importe puisqu’il a validé le traitement après avoir regardé les analyses. Il vous recevra après la chimio. Car seule l’opinion de la machine qui a analysé votre sang compte. Votre être virtuel constitué de chiffres prouve que votre corps physique peut supporter une nouvelle cure, même si vous sentez que non. Vous voudriez en discuter, mais le logiciel ne l’a pas prévu : “Il faut y aller, là !”

Qu’allez-vous faire ? Vous laissez emmener ou protester ? Si vous protestez, aurez-vous gain de cause puisque soi-disant tout va très bien… et qu’on a sans doute déjà préparé pour vous les produits de chimio ? Tout semble fait pour que vous preniez votre place dans le planning.

5. Il adapte RAPIDEMENT le traitement

Car n’importe quel oncologue pourrait répondre : “Mais bien sûr, qu’on adapte !”.

La vraie question est : quand ???? Au bout de combien de cures évalue-t-on les résultats et éventuellement, change-t-on de protocole ?

Car si c’est au bout de toutes celles qui étaient initialement prévues et qui n’ont pas fonctionné, les effets secondaires ont augmenté : certains de ceux-ci peuvent retarder une autre chimio. Surtout : le cancer progresse. Un nouveau protocole pourra-t-il le faire reculer ?

Cas pratique : Ma tante. Elle faisait ses traitements, point. Bien sûr, quand ses analyses de sang étaient mauvaises, on retardait la cure. Mais on ne changeait pas le protocole. En un an, elle en a eu deux, puis plus rien, puis elle est morte.

6. En cas de problème, d’effets secondaires inattendus, un “bon” oncologue est prêt à vous recevoir, ou à vous recevoir plus que les 9 mn réglementaires

Lors du premier rendez-vous, n’importe quel oncologue est toujours prêt à vous consacrer du temps pour vous recruter. En effet, un patient rapporte au centre où il est soigné : ce centre facture la sécu, cher. Regardez les remboursements qui vous sont adressés.

Mais passé votre premier rendez-vous, le rythme s’accélère, toujours pour le même type de raison : financière. Le papotage, c’est bien joli, mais ce que la sécu rembourse, ce sont des actes.

Évidemment, dans certains cas, 9 minutes de rendez-vous suffisent, et même 5 ; mais dans d’autres… pas vraiment. Vous saurez peut-être si vos 9 ou 5 minutes suffisent parce qu’un autre jour vous en aurez eu davantage, ou parce que vous remarquez que certains patients sont reçus plus longuement.

Par ailleurs, vous aurez peut-être un gros pépin entre les trois semaines où l’organigramme vous autorise à apercevoir votre oncologue (ou l’un de ses avatars).

Pensez-vous que vous serez bien soigné si vous constatez que d’autres ne le sont pas ?

Cas pratique n° 1 :

Vous venez d’apprendre que vous avez un cancer et l’on vous a dirigé chez un médecin qui cherche à vous convaincre de commencer urgemment une chimio. On vous a donné le premier rendez-vous de la matinée et le médecin est arrivé bien après vous, en retard. Quand vous sortez de votre entretien avec lui, la salle d’attente est bondée. Vous attendez devant le bureau de la secrétaire pour donner votre carte vitale et payer. Une jeune femme soutient une dame de soixante ans environ, sans sourcils ni cils mais avec un foulard ; elle murmure qu’il y a un problème avec sa chimio. La plus jeune plaide pour elle : “Le docteur ne pourrait pas la recevoir ? Elle ne va pas très bien…”

Gentil sourire de la secrétaire, vingt-quatre ans : “Oui, il peut vous recevoir, mais il y a six personnes avant vous et il a déjà 2 h 30 de retard.

La femme la plus âgée baisse la tête, l’autre n’insiste pas, personne ne propose de céder sa place (les gens n’ont peut-être pas entendu ?), vous décidez que jamais vous ne vous ferez “soigner” dans cet endroit.

Cas pratique n° 2 (comparaison) :

Quatre mois plus tard, un médecin de l’hôpital, que vous n’avez encore jamais vu, vous fait passer devant ses autres patients parce que vous avez un énorme problème d’ascite. Et que les chaises de l’hosto, 100 % ferraille, ont été conçues par un sadique et approuvées par un gestionnaire insensible.

 

7. Un “bon” oncologue possède des connaissances précises sur les traitements et se tient informé de ce qui relève de sa profession

Vous allez penser que c’est évident, mais non. L’oncologue de ma tante ne savait même pas qu’il existait un grand centre spécialisé pour sa pathologie, dans une ville toute proche (info sur internet…).

Aucun oncologue avant le septième (!!!) ne m’avait proposé des analyses oncogénétiques. J’ai expliqué ailleurs leur intérêt (lien ci-dessous), donc je n’y reviens pas.

https://cancer-toujours-en-vie.com/category/oncogenetique/

8. Il est capable de s’investir pour vous, c’est-à-dire de demander et d’obtenir un traitement particulier, même si cela lui demande du temps !

Obtenir certains traitements est compliqué et fastidieux d’un point de vue administratif. Beaucoup d’oncologues n’essaient même pas, sauf s’ils travaillent dans un établissement qui propose les dernières thérapies innovantes pour mieux faire sa pub. Remarquez, tant mieux si, au passage, ce centre sauve des vies.

Cas pratique n° 1 :

Le site internet de l’établissement annonce glorieusement que des traitements innovants sont actuellement proposés pour le type de cancer qui vous affecte. Dans le hall principal du lieu, des affichettes le proclament aussi, de même qu’un espace d’informations dédié aux patients. L’oncologue qui vous reçoit est bien le seul à rester discret à ce sujet. C’est qu’il possède l’entièreté de l’info : “Ces thérapies innovantes existent, mais… pas pour vous !” toute jeune et naïve patiente. Il faut que vous ayez préalablement supporté x lignes de chimiothérapies, que ces cures n’aient pas vraiment fonctionné, mais qu’en même temps vous ne soyez pas morte, pour y avoir droit. Au revoir, ou adieu, l’avenir le dira.

Cas pratique n° 2 :

Trois ans après, vous êtes “toujours en vie”, non mais ! Vous repérez un traitement de dernière génération et hop, c’est bon puisque vous êtes dans le cas mentionné précédemment. Et paf, non, encore raté. “Puisque vos chimios fonctionnent, dit l’oncologue, je ne vais pas vous prendre. Revenez plus tard !”

Fonctionnent, c’est vite dit, mais l’ordinateur n’enregistre pas vos effets secondaires et très visiblement cet oncologue est super satisfait de raisonner aussi bien qu’une machine.

Quand vous ressortez et que vous voyez la pile de revues qui encensent les ultimes thérapies ciblées, les victoires de l’immunothérapie et d’autres merveilles encore plus prometteuses, vous vous demandez si vraiment les patients interrogés existent ou si le graphiste est allé pêcher des photos de modèles sur Flickr. Rentrée chez vous, vous jetez la revue contre le mur et la réduisez en pièces avec vos dents. Quand votre voisine ose vous dire que vous devriez vous informer car à la radio on a parlé de l’illusiothérapie, vous l’engueulez. Votre seul espoir à ce stade, c’est que la revue ait quand même annoncé la vérité sur un point : le cancer toucherait les gens qui n’expriment pas leurs émotions et là, à coup sûr, vous êtes en train de changer de catégorie : bientôt la crise cardiaque !

Cas pratique n° 3 :

Une semaine après, l’oncologue qui vous suit vous annonce dans un centre beaucoup plus petit et qui ne la ramène pas, que vous allez bénéficier d’une thérapie ciblée, par le biais d’une étude. Évidemment, c’est sympa de sa part d’essayer de vous réconforter, mais vous n’y croyez plus du tout. Or, miracle, c’est possible. Sans même attendre d’être encore plus malade. Bingo !

Et à l’heure où en suivant les conseils du précédent vous seriez vraisemblablement totalement détruite par votre chimio à moins que plus probablement vous ne l’ayez envoyée balader, vous voilà en train d’exercer à nouveau une activité professionnelle (à mi-temps) et de prévoir vos vacances. De retour dans le monde des vivants.

 

9. Un “bon” oncologue vous conseille bien et s’il ne sait pas, il vous oriente ailleurs pour un second avis ou un traitement plus performant.

Un “bon” oncologue sait vous donner son opinion et vous pouvez ne pas être d’accord avec lui ce jour-là, un autre ou jamais. Au moins, vous savez ce qu’il pense ! C’est son avis, et j’ai suffisamment développé sur le caractère aléatoire des certitudes en oncologie pour résumer : votre oncologue ne se prend pas pour Dieu ! Il sait qu’il n’est pas infaillible, omniscient et omnipotent.

Si malheureusement, vous ne répondez pas correctement au traitement qu’il vous a fait suivre ou si vous n’acceptez pas ce qu’il vous propose (scoop ! le patient a le pouvoir de dire “non”) :

. Il sait où vous orienter ailleurs : c’est son job de se tenir informé !

. Et il n’attend pas le moment le plus critique : c’est son devoir d’être humain !

Il vous dirige vers un centre expert, où l’on aura peut-être une solution innovante à vous proposer. Mieux encore, il demande à sa secrétaire de vous prendre le rendez-vous (accélération fulgurante de la procédure).

Or, dans la vraie vie, c’est souvent à la famille de se débrouiller seule dans le labyrinthe des hôpitaux, centres, cliniques, etc.

Cas pratique n° 1 : l’oncologue du père d’un ami.

Monsieur E. suivait tranquillement son traitement. Un jour, après les fêtes, l’oncologue lui dit que c’est terminé, on ne peut plus rien pour lui. Rentrez chez vous, mon bon Monsieur, faites connaître vos dernières volontés. Sidération de toute la famille, dont le fils, présent à l’entretien. Intuition cependant : il leur était peut-être possible de consulter ailleurs. Mais où ? Vous pensez bien que l’oncologue fossoyeur n’imaginait même pas que d’autres oncologues puissent en savoir plus que lui, ou que cela lui fendait vraiment le cœur de l’avouer, au point de préférer laisser décéder son patient. À la famille de chercher : appels en urgence dans un grand centre de la région qui, surprise, reconnut que malgré sa réputation d’excellence, il n’était pas le plus indiqué pour le cancer de l’œsophage et qui donna donc l’adresse d’un hôpital.

Bilan : Monsieur E. qui devrait être mort depuis plus de deux ans vit paisiblement avec sa thérapie ciblée, l’oncologue qui le donnait pour mort continue de sévir et je ne peux même pas écrire son nom (comme je le regrette ! Surtout que j’ai connu à peu près les mêmes déboires dans le centre qui l’emploie, sauf que j’en suis partie plus vite que Monsieur E.).

 

Cas pratique n° 2 : ma tante.

Même scénario. Sauf qu’elle a vraiment trop attendu, confiante et trop gentille. Elle voulait tant croire Doc Blabla qui lui disait qu’elle allait la guérir ! Un jour, cette dernière l’a expédiée dans un “home”, établissement pour les personnes devenues dépendantes. Ma tante lui a demandé quand elles se reverraient : “Mais nous ne nous revoyons pas, Mme C. Mais vous savez, certains patient restent en vie, j’en connais un…” Et bla-bla-bla.

Ce jour-là, il est subitement devenu évident pour tout le monde qu’elle devait aller consulter ailleurs. Pourquoi pas dans le centre universitaire dont je lui avais donné l’adresse plusieurs mois auparavant ? Je précise qu’elle vivait à 500 kms de chez moi, dans un pays francophone qui n’est pas la France, et dont jusqu’à l’an dernier, je pensais le plus grand bien médicalement parlant. Quand elle a finalement été reçue par la Professeur X, il ne lui restait que … 10 jours à vivre. Impossible de la sauver si tardivement, même s’il existait des traitements novateurs pour sa pathologie.

Bilan : si rien ne se passe bien, si tout va de plus en plus mal, n’attendez pas que le médecin vous lâche pour le lâcher ! Allez voir ailleurs !

Bonus : comment savoir s’il est temps de changer ?

Personnellement, j’ai toujours pensé qu’un patient devait avoir accès à ses analyses pour pouvoir mesurer l’efficacité ou l’échec de ses traitements. Car les analyses de sang peuvent être très révélatrices, et en particulier le dosage des marqueurs. Je suis pour l’information et même pour la formation du patient, quitte à ce que le médecin y perde un peu de sa toute puissance !

– Certains diront : “Ah, mais c’est compliqué, de lire des analyses !” Ah ah ah, non, ce n’est pas compliqué ! Votre médecin peut vous expliquer. Cas le plus simple : vous prenez vos analyses de sang, vous vous reportez à la dernière page, celle où apparaissent les “marqueurs”. Ils sont suivis d’un nombre et généralement, vous avez le nombre de la fois précédente. Vous comparez. Pas plus compliqué que de comparer le prix de deux articles chez Leclerc, sans compter qu’en plus le labo fournit généralement une valeur de référence, euh, on n’a jamais vu ça en grande surface ! Comme chez Leclerc, plus le chiffre est bas, mieux c’est ! Et chez vous, super promo, c’est forcément un indice de bonne qualité !

– Certains diront : “Ah mais moi, je ne veux pas savoir !” Bon, en ce cas, vous pouvez peut-être demander à l’un de vos proches de regarder pour vous.

Personnellement, je pense que tous les patients ont le droit de choisir d’être informés ou pas des résultats de leurs analyses sanguines, surtout si l’évolution des marqueurs est considérée comme significative pour leur pathologie. Il est vrai que lire ses résultats peut être très stressant.

Mais le choix de ne pas être informé doit venir du patient, et non pas émaner d’une décision arbitraire du médecin qui garde l’information pour lui.

Dans certains centres, les patients ont leurs feuilles d’analyses en main, mais dans d’autres, ils ne savent rien de l’évolution de leur santé, ce qui peut les exposer à tomber des nues à un stade critique. Il est en effet très difficile d’interpréter seul les symptômes de son corps : les maux qu’on ressent peuvent être provoqués par une progression de la maladie ou par les effets secondaires des chimios… voire par les deux. Or les marqueurs parfois le disent, ils “marquent” la progression ou la régression du cancer.

 

10. L’ambiance n’est pas abominable dans la salle d’attente

Je sais que pour certains ce critère paraîtra étrange, mais il est en fait trèèèès important. Les patients sont en principe doués de la faculté de parler. Non, pas possible ! Et même si dans un premier temps, il peut paraître difficile de nouer connaissance avec autrui dans une salle d’attente, on s’aperçoit bien vite qu’on a le temps (ah oui, vraiment le temps !) de s’y livrer à des échanges de parole ; qu’un énorme point commun nous rapproche de nos voisins de chaise ; et éventuellement, qu’on s’est déjà vu il y a de cela quelque temps,  le même jour de la semaine, celui de la chimio.

Cependant, plus quelqu’un va mal, moins il a envie de parler ou moins il y parvient. Si tous vos voisins sont mutiques et résignés, méfiance !

En revanche, si certains louent les qualités de l’oncologue, voire déclarent qu’il sont venus de loin pour le voir, vous avez vraisemblablement trouvé la bonne personne.

D’autres indices sont révélateurs : par exemple, vous apprenez que certains patients bénéficient de traitements de pointe, que leurs douleurs sont prises en charge avec des médicaments mais aussi grâce à d’autres stratégies (hypnose, visualisation), que des soins de support sont proposés : groupes de parole, sophro, massage, sport, etc. Vous êtes perçu comme un être humain dans sa globalité et vous n’êtes pas réduit à votre pathologie.

Cas pratique : voir point 6.

 

Conclusion :

J’espère vous avoir convaincu de l’importance d’être soignée par un “bon” oncologue et j’espère aussi que les critères que j’ai mentionnés retiendront votre attention.

N’hésitez pas à en mentionner d’autres (gestion des effets secondaires…). Vous pouvez évoquer votre propre expérience en commentaire.

*

Comme promis, je récapitule les questions que je poserais désormais à tout oncologue si je débutais en chimiothérapie :

– Quels traitements/chimiothérapies vais-je avoir ? (Des noms ! car vous trouverez beaucoup d’infos sur les sites officiels et sur les forums fréquentés par les patients. Perso : j’ai même fini par demander les dosages par mètre carré de surface corporelle, et pourtant les chiffres, initialement, ce n’était pas mon truc !)

– Combien de temps ?

– Comment vérifier si ce traitement/ cette chimiothérapie est efficace ?

– Et si ce traitement/ cette chimiothérapie ne fonctionne pas, au bout de combien de temps change-t-on ? 2 cures ou… 6 ?

– Puis-je avoir la copie de mes analyses de sang ?

– Vous reverrai-je avant chaque traitement pour éventuellement en parler ?

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